« L’empreinte d’un peuple sur une civilisation »
An Potomitan pati, mè y kité banou an limiè !!
Il est de ces hommes dont l’œuvre restera de portée universelle, ceux qui ont travaillé pour l’humanité.
Force est de constater qu’Aimé Césaire s’inscrit tout à fait dans cette catégorie d’individus et que maintenant, au lendemain de sa disparition, une pléthore d’hommage lui est rendu comme pour reconnaitre les qualités d’un homme humble mais fier, fier d’être ce qu’il est, fier d’être nègre.
Je ne suis pas un littéraire, je ne ferai pas ici un commentaire sur la poésie d’Aimé Césaire.
Je ne suis pas un politique, je ne ferai pas d’apologie sur la philosophie politique du Grand Homme.
Cependant je suis martiniquais et à ce titre je me dois de saluer celui qui a fait entendre les cris de souffrances d’un peuple opprimé et résigné, celui qui a fait prendre conscience à la France, de l’incohérence entre ses principes tant proclamés et de leurs applications si atténuées, celui qui a donné au martiniquais sa fierté, son assurance, sa valeur et sa place dans l’humanité …
Aimé Césaire n’a cessé de proclamer qu’il se sentait profondément martiniquais tout en étant pleinement français
Profondément Martiniquais, Aimé Césaire a œuvré pour une Martinique fière de ses origines, fière de sa culture, fière de son identité.
Sans doute convient-il au préalable de rappeler que c’est dans l’une de ces cases proches des plantations de canne à sucre, dans une « rue cases nègres » comme il est dit là bas, qu’est né le petit Aimé, et que c’est dans cet environnement de pauvreté caractéristique de ces lieux, qu’il a été, dès son plus jeune âge, confronté à la misère, à la souffrance d’une population, d’un peuple qui, tout en étant libre dans le droit s’avérait opprimé dans les faits.
De cette incohérence manifeste se développe très tôt chez ce « nègre fondamental » toute une réflexion sur ses origines, à mesure que se construisait une véritable pensée qui a finalement fait de lui un brasseur de souffrances, un éveilleur des consciences et le poète de l’universelle fraternité.
D’abord brasseur de souffrances, Aimé Césaire imprégné du passé de ces ancêtres, comme pour exprimer toute la souffrance d’une multitude d’hommes et de femmes arrachés à leur terre, comme pour s’avancer en porte parole d’un peuple assassiné, a écrit dans son Cahier d’un retour au pays natal,
Ainsi a-t-il inventé le concept de « négritude » qui « désigne en premier lieu le rejet. Le rejet de l'assimilation culturelle ; le rejet d'une certaine image du Noir paisible, incapable de construire une civilisation….»
Ensuite éveilleur des consciences, il a fait à son peuple réaliser l’importance des racines par une quête de l’identité.
Une quête de l’identité qui s’inscrivait dans un questionnement sur lui-même, sur la réalité d’un peuple doté d’une culture propre, d’un peuple ayant la possibilité de prendre en main son destin, ayant le devoir de prendre en main son destin tout en en acceptant son histoire.
Et c’est toute l’idée du concept de négritude ;
"la conscience d'être noir, simple reconnaissance d'un fait qui implique acceptation, prise en charge de son destin de noir, de son histoire et de sa culture".
Enfin poète de l’universelle fraternité, car outre le fait le fait d’être un politique et un penseur, Aimé Césaire était avant tout un poète.
Il lui plaisait d’utiliser le langage poétique pour faire passer tel un Rimbaud, une souffrance mais aussi un message de paix de dignité.
«Le langage poétique, disait-il, est le seul qui permette d’exprimer la complexité de l’homme.»
Et ce poète n’a cessé de rappeler que l'œuvre de l'homme ne fait seulement que commencer et qu'il est place pour tous au rendez-vous de la conquête.
Le fait pour Aimé Césaire d’être profondément martiniquais, de revendiquer ses origines, sa culture, son identité de noir ne l’a pas empêché de se considérer pleinement français.
Pleinement Français, Aimé Césaire a voulu donner un sens concret à la devise Républicaine, « Liberté, Egalité, Fraternité. »
Sans doute faut-il insister sur le fait que l’œuvre du chantre de la Négritude, dans la recherche d’une fierté de son peuple ne s’est pas faite par un mépris du français ni un mépris de la France, mais plutôt par une acceptation de sa condition de citoyen, et par une utilisation subtile du français le plus majestueux, se faisant le digne héritier des auteurs français qui l’ont précédés
Aussi l’écrivain André Breton, en 1941, s’étonna t-il de voir en Aimé Césaire un homme qui « manie la langue française comme il n'est pas aujourd'hui un blanc pour la manier »
De toute évidence la France était pour Césaire le pays qui permettrait l’émancipation des peuples, l’émancipation du peuple noir, puisqu’elle arbore la devise de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.
Mais si la liberté était chose acquise en Martinique dès 1848, les deux autres principes ne semblaient pas être de pleine application dans l’Etat français.
C’est ainsi qu’il a dénoncé l’incohérence entre un principe d’égalité, devise d’une République française et d’un maintien d’une discrimination administrative dans les colonies.
Ces colonies françaises ne sauraient abriter des citoyens français qui ne seraient pas administrés comme ceux du continent.
Il voulait tout simplement passer,
En ce sens a-t-il initié le processus de départementalisation de la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion, dès 1946.
Non pas pour une assimilation comme «aliénation», «francisation», «centralisation»,mais «assimilation» comme «justice sociale» et à «égalité ».
Il s’agissait de donner une revalorisation à la notion d’Egalite, égalité entre les colonisés et leur colonisateur, égalité entre des citoyens français.
Maintenant pour ce qui est du principe de Fraternité, force est de reconnaitre qu’Aimer Césaire s’y est longtemps interrogé.
D’ailleurs lors d’un entretien avec un journaliste qui lui demandait ce qu’il pensait de l’application des principes républicains Aimé Césaire répondait
L’idée de fraternité ne peut se voir que par celle l’acceptation de l’autre en tant qu’homme.
Quand bien même le noir serait fier de ce qu’il est, fier d’être un homme à part entière, il y aura toujours une absence de fraternité tant que les autres races ne le considèreront pas comme un homme, comme leur semblable.
La fraternité tout en tenant compte de la diversité de chacun ne voit et ne donne valeur qu’au critère d’humain, d’homme
Pour résumer et s’il tentait qu’il faille parler d’Aimé Césaire en quelques mots je dirais qu’il est à la fois l’illustre fils d’une Martinique opprimée et le père d’une Martinique fière !
Rémy. M.
20/04/08 - 19:07
admirer une personne de principes, de conviction et qui s'est battu pour ce en quoi il croit...
je suis désolé que vous perdiez une personne qui vous a représenté si fierement.. mais du moins sa mémoire et ses accmplissements resteront et vous représenteront..
sinceres condoléances..
shakethat